• David Chesaux

Les bras comme deuxième moteur du coureur


Le dernier article publié a mis en évidence l’importance du balancement des bras dans la course à pied ainsi son impact sur la dépense énergétique. Il a également été discuté que plus la longueur de foulée est importante, plus le balancement des membres supérieurs sera nécessaire afin de stabiliser le tronc.


L’objectif de cet article est de présenter, de manière simplifiée, les liens anatomiques qui unissent les membres supérieurs aux membres inférieurs afin de comprendre comment les bras peuvent dynamiser la foulée.


Tout d’abord, il est nécessaire de se référer aux structures anatomiques musculaires qui relient les membres supérieurs au tronc. Il existe trois muscles principaux :


1. Le grand dorsal, qui uni l’humérus (gouttière bicipitale) à la colonne vertébrale (processus épineux des vertèbres thoraciques 7 à 12 et fascia thoraco-lombaire jusqu’à la 5ème vertèbre lombaire), au bassin (tiers postérieur de la crête iliaque), à la cage thoracique (via des insertions sur les côtes 10 à 12) et finalement à l’omoplate (angle inférieur).

2. Le grand rond, qui uni l’humérus (crête du tubercule mineur) à l’omoplate (bord latéral).

3. Le grand pectoral, qui uni l’humérus (crête du tubercule majeur) à la cage thoracique (moitié médiale du bord antérieur de la clavicule, cartilage des côtes 2 à 6 et sternum)


Anatomie du muscle grand dorsal



Si nous portons notre attention à ces différentes insertions musculaires, nous remarquons que ces trois muscles ont une insertion sur l’humérus et qu’ensemble, ils forment un ancrage très large au niveau du tronc : clavicule, omoplate, côtes, vertèbres thoraciques et lombaires, bassin. Le bras est donc fortement « attaché » au tronc et, par conséquent, un mouvement du membre supérieur sollicitera le tronc via ces différentes attaches musculaires.



Le grand dorsal : trait d'union entre le bassin et les bras

Parmi les trois muscles précédemment décrits, le muscle grand dorsal joue un rôle majeur dans l’utilisation active des membres supérieurs lors de la course. Son insertion sur le bassin engendre un impact directement sur celui-ci. En effet, ce muscle permet d’amener le bras en arrière et créer également une rotation du tronc du même côté que sa contraction. Ainsi, si nous sollicitons notre grand dorsal droit afin d’amener notre membre supérieur en arrière, ceci créer également une avancée du bassin droit et un recule du bassin gauche. Cette force transmise au bassin via le bras peut ensuite se répercuter au niveau du membre inférieur gauche en appui et générer une force de poussée.


Par la contraction du grand dorsal, le membre supérieur est amené activement en arrière (1) (extension de l’épaule). Sa contraction amène également le bassin droit en avant (2) et par conséquent, le bassin gauche en arrière (3). Ceci permet d’engendrer une force de propulsion au membre inférieur gauche qui est en appui (4).



Le système des chaînes musculaires croisées

La précédente description met en évidence l’utilisation du muscle grand dorsal comme aide à la propulsion dans la course à pied, cependant, il est important d’être conscient qu’il s’agit d’une vision simplifiée. En effet, la biomécanique humaine est complexe et c’est avant tout des ensembles de muscles reliés anatomiquement les uns aux autres – les chaînes musculaires – qui permettent de générer un mouvement. Le grand dorsal constitue un maillon de ces chaînes, mais son action ne serait pas possible sans l’action coordonnée des autres muscles. Il faut imaginer que les membres supérieurs sont connectés au bassin, puis aux membres inférieurs par différentes chaînes musculaires, dont certaines englobent le tronc comme des spirales. Ces chaînes musculaires sont nommées chaînes croisées.


Il existe deux chaînes croisées de fermeture ; une permettant de porter l’épaule droite en avant et en direction du bassin gauche (flèche rouge continue), puis la seconde permettant de porter l’épaule gauche en avant et en direction du bassin droit (flèche rouge discontinue). Ces deux chaînes de fermeture sont représentées sur l’image ci-dessous.




Il existe également deux chaînes croisées d’ouverture, une permettant de porter l’épaule droite en arrière et en direction du bassin gauche (flèche verte discontinue), puis la seconde permettant de porter l’épaule gauche en arrière et en direction du bassin droit (flèche verte continue). Ces deux chaînes d’ouverture sont représentées sur l’image ci-dessous.




Lors de la course, il y a toujours une chaîne croisée de fermeture qui travaille en synergie avec une chaîne croisée d’ouverture. Ceci permet d’assurer la transmission des différentes forces entre les membres supérieurs, le bassin et les membres inférieurs.



La photo ci-dessus est particulièrement représentative : lorsque le membre supérieur droit est porté en avant, la force générée par son balancement se propage jusqu’au bassin gauche grâce à la chaîne croisée de fermeture. Parallèlement, le membre supérieur gauche est porté en arrière, et la force générée se transmet jusqu’au bassin droit grâce à la chaîne d’ouverture.



Balancement actif des bras, transmission des forces et stabilité du tronc

Afin que le balancement des bras puisse influencer positivement le bas du corps, il est nécessaire que les forces générées puissent être transmises efficacement jusqu’au bassin sans qu’elles ne se dissipent sur leur « parcours ». En effet, les membres supérieurs se balancent mais le tronc doit rester stable. Cette stabilité est principalement assurée par les muscles obliques internes et externes qui appartiennent aux chaînes croisées. Ces muscles, dont les fibres musculaires sont orientées obliquement, permettent de transférer les forces générées par le mouvement des bras jusqu’au bassin, tout en assurant la stabilité du tronc.



La transmission des forces provenant des bras et la stabilité du tronc sont assurées par une sangle abdominale tonique


La vidéo suivante est une démonstration intéressante de l’utilisation des membres supérieurs au cours d’un 100 m sprint. Lors des épreuves de sprint, l’utilisation des bras est fondamentale afin d’atteindre des vitesses maximales. Par ailleurs, il faut observer la position du tronc et de la tête qui reste stable durant toute la course, malgré les énormes contraintes générées par les membres inférieurs et supérieurs.




Les épreuves de sprint démontrent parfaitement l’utilisation des membres supérieurs comme « deuxième moteur » du coureur. Leur balancement actif et puissant permet d’accroître les forces de propulsion et de gagner en vitesse. Les forces générées par le mouvement des bras sont transmises jusqu’aux membres inférieurs.


Si le coureur ne balance pas activement les bras, alors ce seront les forces générées par les membres inférieurs qui vont créer un balancement passif des membres supérieurs.

Dès lors, on comprend aisément que plus les mouvements des membres inférieurs deviennent importants, plus le balancement des membres supérieurs devra être important afin de compenser ces contraintes.


Si les bras ne parviennent pas à contrebalancer ces forces ou si les chaînes musculaires du tronc ne sont pas assez fortes, les contraintes générées par les membres inférieurs seront alors compensées par des mouvements rotatoires du tronc, ce qui, rappelons-le, a un coût énergétique plus élevé.


Conclusion et implications pratiques :

  • Les membres supérieurs sont unis au tronc et au bassin par différents muscles, dont le plus important est le grand dorsal.

  • Les membres supérieurs sont reliés au bassin par un ensemble de chaînes musculaires, dont les chaînes croisées d’ouverture et de fermeture.

  • Le balancement des bras permet d’équilibrer les contraintes engendrées par les membres inférieurs en mouvement et ainsi éviter un excès de rotation du tronc et par conséquent, une dépense énergétique excessive.

  • Pour que le balancement des membres supérieurs assure ce rôle de stabilisation du tronc, les chaînes musculaires doivent être suffisamment fortes afin d’assurer cette cohésion et permettre les transferts de force.

  • Le balancement actif des membres supérieurs permet de dynamiser la foulée en générant des forces qui vont, par l’intermédiaire des chaînes musculaires, se répercuter sur le bassin, jusqu’au membres inférieurs. Les bras deviennent alors un moteur supplémentaire pour le coureur.


Par conséquent et dans la pratique, une foulée efficiente nécessite :


  1. Une coordination et une synchronisation entre les mouvements des membres inférieurs et supérieurs.

  2. Des chaînes musculaires, principalement les chaînes croisées, suffisamment fortes pour permettre un transfert efficient des forces. D'où l'importance d'un travail spécifique de gainage chez le coureur.

  3. Une capacité à adapter l'amplitude de mouvement et la force générée par les bras en fonction de sa foulée. Notamment selon le type d'attaque au sol du coureur et le profil du terrain (montée, descente, plat...).



David Chesaux, Physiothérapeute



Bibliographie :


  • Brigaud, F. (2011). La course à pied : Posture, Biomécanique, Performance. France : Désiris

  • Busquet, L. & Busquet-Vanderheyden, M. (2014). Les chaînes physiologiques : fondamentaux de la méthode tronc, colonne cervicale, membre supérieur. Pau, France : Editions Busquet

  • Platzer, W. (2007). Atlas de poche d’anatomie : Appareil locomoteur. Paris, France : Flammarion


Images :


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Image 7 Licence: Creative Commons 3.0, auteur: Marie-Lan Nguyen



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